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Franc-Maçonnerie et Christianisme

. Posted in Claude Jousseaume

 

 

 

 

 

Article de Claude Jousseaume

 

D’après et grâce à l’article Magistral Ber.°. BES.°. Franc-Maçon.

 

Un ex-Prieur d’une Abbaye cistercienne s'explique sur son appartenance à la Maçonnerie.

 

 

Quand j'étais encore un jeune moine à l'abbaye, mon père m'avait envoyé un colis avec des sous-vêtements. Le père abbé, avait pris du bout des doigts un de ces slips en me disant: « Ce sont les Francs-maçons qui vous mettent dans l'idée de porter des choses pareilles ». Quelques années plus tard, la question s'est posée d'installer une douche dans l'abbaye. Et le père Alexis nous a répété que c'était encore une idée des francs-maçons. Ainsi m'a-til soupçonné, pour des raisons d'hygiène, d'être Franc-Maçon. Or, ma famille était certes laïque, mais je ne pense pas qu'elle ait jamais compté de Franc-Maçon. Cela m'avait frappé. Ne connaissant rien de la franc-maçonnerie, I'expression avait quelque chose de mystérieux.

 

Bien des années plus tard, des frères Francs-Maçons m'ont contacté ! Je n'ai pas donné suite. Lorsque j'ai décidé, de reprendre ma liberté, il m'a semblé qu'il ne serait pas bon pour moi de sortir d'une institution pour entrer dans une autre. Je voulais repenser, un certain nombre de questions et clarifier la manière dont je me situais par rapport à la réalité des choses et à la nature ultime du réel. De plus, il est assez traumatisant de sortir du monachisme et de l'Eglise catholique. J'ai préféré fait le choix d'une « traversée du désert.

Lorsque j'ai vraiment songé à la possibilité de devenir Franc-Maçon, je venais de traverser des années de solitude. J'éprouvais la nécessité de retrouver un lieu dans lequel je puisse à nouveau confronter mes idées à celles des autres et socialiser d'une autre manière mon existence. Le choix d'une traversée du désert m'avait conduit à une solitude assumée mais qui risquait de devenir stérile. J’ai fait alors la démarche de « frapper à la porte du temple

 

J’avais acquis l'assurance d'entrer dans un groupement non dogmatique. C'était pour moi fondamental car mon différend avec le christianisme officiel participait d'un différend beaucoup plus large à l'égard de toute forme d'institution, prétendant détenir la vérité. Comme l'a dit Nietzsche, « le doute n'a rendu personne fou, alors que la certitude de détenir la vérité a provoqué les plus graves folies de l'humanité ». Pour moi, la condition sine qua non de mon engagement était que je n'aurais pas à adhérer à un nouveau credo.

 

Ce choix s'est fait par le biais des circonstances et la rencontre d'amis qui avaient des attaches avec une grande Obédience Française. Mais j'ai de très bonnes relations avec d'autres Obédiences, je ne m'engage jamais dans des querelles qui peuvent parfois les opposer et je suis très heureux de participer aux travaux de loges où je suis accepté. Mais appartenir à une obédience qui, plus que d'autres, met l'accent sur la laïcité me convient. Je serais gêné par une certaine forme de Maçonnerie et de rituels où je retrouverais une inspiration trop proche du Christianisme.

 

Quand on parle de Grand Architecte de l'Univers, il s'agit d'une métaphore. Tout dépend du degré de liberté laissé à son interprétation. Il y a, chez moi, des loges qui travaillent à la gloire du Grand Architecte. Mais, dans la mesure où ce n'est pas une affirmation dogmatique, elle ne me dérange pas. Dans la Franc-maçonnerie, les convictions d'ordre métaphysique sont du ressort de chacun. Il n'y a pas besoin d'un consensus métaphysique pour se retrouver ensemble. La confrontation fraternelle est possible, mais personne ne peut prétendre détenir le dernier mot. La recherche de la vérité est un moteur puissant. Ne devient pas Franc-Maçon celui qui en exprime simplement le désir. Il faut être coopté par un atelier. Cela rappelle un peu les débuts du Christianisme. Il fallait se soumettre à une série de formations et d'épreuves avant d'être admis au baptême. La plongée du corps dans l'eau, qui rappelle celle du Jourdain, signifiait la mort du vieil homme et la renaissance à une vie nouvelle. Dans la Maçonnerie, I'initiation procède de la même idée fondamentale; il s'agit aussi de renoncer à d'anciennes manières de vivre. Chacun vit cette initiation en fonction de sa propre histoire. Mon initiation maçonnique m'a aussi rappelé ce que j'ai vécu au Mexique, avec un chaman aztèque. Il m'avait aidé à prendre conscience qu'il me fallait accepter de mourir à ce passé, au fait d'avoir été Prieur. La résonance entre les formes de mort et de résurrection que j'avais vécues a donné à mon initiation une tonalité très personnelle.

Les moyens mis en œuvre dans la Maçonnerie tendent à une bonne maîtrise de la parole. La qualité avec laquelle des points de vue différents peuvent se confronter est une formation remarquable à la prise de parole. Rien ne lui est plus étranger que la pratique courante où celui qui parle le plus fort finit par s'imposer. C'est une véritable discipline qui marque la personnalité.

La maçonnerie n'est pas le dernier mot de ma vie. Je n'ai aucune raison de cacher cette appartenance, mais je n'en fais pas un porte-drapeau. Au travers du silence ou dans l'échange de la parole, il s'agit de mettre en œuvre des moyens pour devenir homme le plus pleinement possible.

Dire que la recherche maçonnique n'a rien à voir avec le spirituel serait faux. Il y a là un chemin vers une forme de spiritualité. Mais ses moyens et ses rites sont avant tout orientés vers la qualité de l'écoute de l'autre et de l'échange de parole. Comme le dit Michel Tournier dans les Météores, « entre le mutisme des bêtes et le silence des dieux il y a la parole des hommes

 

 

 

Claude JOUSSEAUME

 

 

D’après et grâce à l’article Magistral : Ber.°. BES.°. Franc-Maçon.

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