LA MENORAH DU TEMPLE DE JÉRUSALEM.
Nous connaissons son histoire. En l’an 70 de l’ère chrétienne, la Xe Légion romaine commandée par Flavius Silva, entre et défile dans Jérusalem. Elle vient de vaincre les juifs qui s’étaient révoltés et qui, pendant quatre ans , avaient combattu l’occupant. Sous les étendards des vainqueurs, des prisonniers enchaînés portent un fabuleux butin dérobé au Temple de la Ville sainte. Au-dessus du groupe en marche, on aperçoit l’attribut le plus remarquable du saint des saints : le Chandelier à Sept Branches, en hébreu la Ménorah. Cette scène est encore visible, puisqu’elle est représentée sur un grand bas-relief de l’arc de Titus, élevé sur le forum romain pour célébrer sa victoire sur les rebelles d’Eretz Israël.
Le Chandelier à Sept Branches est un symbole connu du monde entier, un arbre de vie particulier au seul peuple juif.
Le touriste qui visite Jérusalem, et passe devant le Parlement, découvre une superbe Ménorah, symbole de l’État hébreu. Cette oeuvre du sculpteur Benno Elkan de Haïfa a été exécuté en 1949. C’est un don du parlement britannique à son homologue israélien.
À l’intérieur de la Knesset, l’assemblée législative, tous les sièges des députés ont été agencés de manière à dessiner l’emblème de la Menorah...sans doute pour éclairer intérieurement. À voir...
SELON LA BIBLE
On doit bien reconnaître que nul ne sait à notre époque ce que fut cet objet de culte prescrit à Moïse pour le sanctuaire du désert.
Cependant, il est minutieusement décrit à deux reprises dans l’Exode, mais probablement par des ajouts tardifs dont les auteurs ont pu s’inspirer du modèle en usage dans le Temple à l’époque de la rédaction définitive; fait d’un talent d’or pur ( plus de 34 kg ), richement orné de motifs représentant des fleurs et de boutons d’amandier.
Ses sept lampes d’or pourvues de mouchettes et de cendriers de même métal pour les mèches consumées, devaient brûler constamment devant Yahvé. Des prescriptions du Lévitique, il ressort que ce luminaire installé en face de la Table des Pains de Propositions dans le Qôdech ( le saint ), salle séparée par un voile du saint des saints ( Qôdech haqqôdachim ) où était déposée l’Arche Sainte, véritable palladium de la nation juive.
Nous devons préciser que la Ménorah n’est pas citée dans la liste du mobilier sacré du Temple de Salomon, encore qu’un passage des Chroniques laisse supposer qu’il subsiste au temps du roi Abiyya de Juda ( 914-911 ). Mais dix chandeliers sont alors répartis de par et d’autre de la porte d’or qui, du Hékal ( saint ), donne accès au Débir ( saint des saints ). Le fameux chandelier à sept branches réapparaît en tout cas dans le Temple reconstruit par la communauté du retour d’Exil : il est volé par Antochius IV l’Epiphane et remplacé par Judas Maccabée. Selon Flavius Josèphe, celui qui figure dans le Temple d’Hérode et dont Titus s’empare en 70 comme trophée, en serait une copie plus imposante.
LA SYMBOLIQUE DE LA MENORAH
Après ce court aperçu historique sur la Menorah, il nous faut maintenant tenter d’en découvrir son profond symbolisme, en n’oubliant jamais que lorsque les maîtres de la pensée juive voulaient enseigner, ils contaient !
L’EXODE: XXV-31 énonce :
“ Et tu feras un Chandelier d’or pur. D’une seule pièce sera fait le Chandelier; sa base et sa tige, ses calices, ses pommeaux et ses fleurs viendront de lui. Six branches sortent de ses côtés...Puis tu feras ses lampes au nombre de sept, on disposera ses lampes, et on dirigera la lumière du côté de sa face. Puis ses pincettes et ses pelles en or pur...Regarde et exécute, selon le plan qui t’a été montré sur la montagne.
Docile au commandement de l’Éternel que nous venons de citer, Moïse tenta de réaliser la première Menorah dans un bloc d’or d’un “ Quiqar “ qu’on avait frappé au marteau et coupé au ciseau pour en aplatir les pièces selon le besoin. Ce fut un échec !---Dieu lui-même dit alors : “ Jette le bloc d’or au feu, et il se fera lui-même. “
Le Midrach Agadique affirme : par l’intervention du Saint Béni soit-il, il se forma automatiquement.
Les sages d’Israël enseignent:
“ L’homme est comme un luminaire prêt à resplendir avec l’aide de Dieu. C’est pourquoi le Chandelier mesure dix-huit palmes, qui est la hauteur moyenne de l’homme. Celui-ci a été créé d’argile boueuse, mais il doit tendre à devenir précieux comme l’or pur, l’homme devra subir toutes le même traitement, être épuré, battu au marteau sur l’enclume et subir toutes les épreuves dont le Chandelier nous donne l’exemple, et surtout être fait “ d’une seule pièce d’or pur “ et non pas de multiples morceaux soudés ultérieurement. Comme toutes les parties du Chandelier ne formaient qu’un seul bloc, ainsi tous les membres du corps humain doivent former une unité ! “
Il existe une analogie évidente entre le Chandelier et l’homme. Comme lui, il doit briller d’une pure Lumière.
La Tradition judaïque affirme:
“ Il y a trois sortes d’huiles d’olive et c’est la toute première qui doit être utilisée pour le Chandelier. Cette huile pure de la première pression provenait d’olives qu’on laissait mûrir au faîte de l’olivier. Ces olives on devait les concasser au mortier, et non les presser sous la meule , afin qu’elles ne laissent pas de dépôt. Et ce n’est
qu’après en avoir extrait la première goutte qu’on les introduisait dans la meule pour les écraser.
L’huile de seconde pression était bonne pour les oblations de farine, mais impropre pour le Chandelier.
La Lumière Parfaite n’accepte pas d’ombre. C’est sans doute pour cette raison que l’huile de la Menorah provenait des olives placées au sommet de l’arbre, toujours face au cosmos et au soleil.
Symboliquement, pour répandre la lumière autour de lui, l’homme-ménorah doit lui aussi se nourrir de l’esprit et l’alimenter chaque jour avec l’huile de la Connaissance.
Les 7 branches du Chandelier sacré représentent les 7 sciences qui formaient tout au long de l’Antiquité, le summum de la Sagesse. Car il est écrit : “ La sagesse s’est bâtie une maison, elle a sculpté les 7 colonnes “.-- Proverbes IX-1. Les 7 branches de la Sagesse étaient la théosophie, la philosophie, l’alchimie, l’astrologie, les mathématiques, la musique et les sciences naturelles.
Afin que Moïse comprenne comment ces sept sciences dont l’objet est matériel, physique et semi intellectuel parviendraient à atteindre le sommet de la métaphysique où se situait l’Éternel, Yahvé lui montra la Menorah en feu sur les hauteurs du Sinaï.
La Connaissance est la Lumière; l’ignorance Ténèbres. Pourquoi depuis toujours, faisons-nous usage de symboles de lumière et de ténèbres pour décrire le savoir et l’ignorance ? Parce que la connaissance apporte à notre entendement ce que la lumière apporte à notre vue. C’est seulement grâce à elle que nous pouvons voir, alors que cela est impossible dans l’obscurité totale.
La Connaissance est mère de l’espérance. Le Chandelier comprend sept branches---trois de chaque côté de l’axe principal. Les deux séries de trois figurent la dualité : les calices sont en forme de fleur d’amandier, image de la renaissance de la nature et d’une vigilance attentive aux premiers signes du printemps. Ces fleurs sont également symbole de fragilité, car ouvertes les première, elles sont plus sensibles aux derniers frimas. Selon la Tradition juive, c’est par la base d’un amandier qu’on pénètre dans la ville mystérieuse de Luz laquelle est un séjour d’immortalité.
Nous pourrions extrapoler ici sur le symbolisme masculin de l’amandier et féminin de l’amande. Chez les Grecs, cette dernière, pressée, était compa
rée à l’éjaculation phallique de Zeus. Le Chandelier peut donc être considéré comme hermaphrodite, le point de conjonction des énergies mâles et femelles : l’androgynat !
La tradition hébraïque voit dans la Menorah d’autres images parlantes. La base ou ( cuisse ) du Chandelier correspond aux relations sexuelles--C’est en domptant son désir que l’on réduit la tentation.
La tige du Chandelier c’est la trachée-artère d’où sortent les paroles. Elles doivent être pures comme l’or, d’une seule pièce et comme un bloc d’or battu au marteau.
Quant à la nourriture et à la boisson, c’est le “ calice “ qui les symbolisent puisqu’il a la forme d’une coupe de vin. Le pommeaux représentent à la fois la nourriture et l’habillement, car ils ont la forme d’une pomme, dont l’intérieur est comestible et dont la peau est le vêtement. Les fleurs sont les autres issues qui ornent la vie.
Chacun le sait, l’esprit juif est particulièrement apte à l’abstraction mathématique. Pour beaucoup la Bible est un document chiffré. Il est bien difficile d’affirmer cette supposition. Cependant pour souffler un peu, nous allons prendre une petite récréation en jonglant avec les chiffres.
Le premier verset de l’Exode contient onze mots correspondant aux nombres des pommeaux du Candélabre sacré. Quand aux neuf vocables du premier verset du Lévitique, ils équivalent en nombre à celui des fleurs ciselées dans la Ménorah. Le premier verset des Nombres symbolise la somme de ses mots jointe à l’unité de cette phrase, les 18 palmes, mesure de la hauteur du Chandelier. Quant au 22 calices de la Menorah, ils sont en harmonie avec les 22 vocables du premier verset du Deuteronome. Ce qui donne au verset cité le sens suivant:
“ Seigneur, Tu as placé dans les premiers mots de Tes discours--les cinq livres de la Torah--la marque de Ta lumière sacrée qui nous éclaire. “
Midrach Rabba. M.Stern. Exode. Page 289
LA MENORAH : DU COMOS À L’ARBRE
Symbole de la lumière spirituelle, de semence de vie et de salut, le Chandelier sacré fut allumé pour la première fois par Aaron. Aaron frère de Moïse était l’interprète de ce dernier, car il possédait le Verbe , alors que le grand prophète juif, nous disent les saintes Écritures, bégayait ...Méditons sur cette révélation !
Nous devons comprendre que le Chandelier sacré du Temple est l’équivalent de l’arbre babylonien de la Lumière. Dressé au centre de l’Ancien Monde, il constitue la liaison directe entre la Terre et le Ciel. Ainsi certains auteurs ont-ils pu comparer le côté ascendant de la Menorah à l’Échelle de Jacob qui, elle aussi reliait la Terre au Ciel. Le Zohar, le livre fondateur de la Kabbale ne dit pas autre chose !


