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Provence mystérieuse

. Posted in Guy TARADE

LA PROVENCE MYSTERIEUSE

 

PYRAMIDE, HISTOIRE ET LÉGENDE : QUELQUES HAUTS LIEUX

 

Sur le chemin des invasion, la Provence a vu fleurir sur son sol les témoignages architecturaux des des grands courants qui l’ont traversée. Malgré un modernisme dévorant et   boulimique liés à une mutation dantesque des formes et des volumes construits, de multiples témoignages subsistent d’un passé fantastique et mystérieux. La proche banlieue de Marseille nous en apporte la preuve. L’histoire infidèle en a oublié beaucoup. Cependant la pierre témoigne pour l’homme et sert de support à tous ceux qui recherchent avec amour les traces d’un passé fabuleux.

Dans le répertoire du “ Mystérieux Inconnu “, les pyramides occupent une place de choix. Nous devons donc tenter de retrouver tous les vieux monuments qui parfois sommeillent dans la nature totalement délaissés de l’archéologie et livrés à leur navrant destin.

C’est ainsi que depuis un siècle, personne ne semble s’être intéressé à la pyramide de LA PENNE SUR HUVEAUNE, d’une manière sérieuse, ou tout simplement touristique. Il faut être “ initié “ pour remarquer, lorsque l’on emprunte la route Nationale 8, entre Marseille et Aubagne un peu à l’écart de ce charmant petit village, un curieux édifice qui malgré sa modestie, n’est pas sans rappeler les mastabas égyptiens de la région de Saqqara...toutes proportions gardées bien entendu...Appelée “ PENELLE “ dans toute la région, cette pyramide dont la base est constituée par un rectangle  de 6 mètres sur 5, a don sommet qui “ culmine “ à seulement 8.50 m du sol. Les bâtisseurs de “ LA PENELLE “, guidés par on ne sait quel architecte, édifièrent un monument à sept degrés en retrait  de l’un sur l’autre. La toponymie des lieux indique une origine celtique; en effet, le mot “  PEN “ désigne, en langue celte, un point élevé et fortifié. Or, la PENELLE se trouve sur une butte. La pyramide est-elle celte ? Ce n’est pas impossible, car à l’origine toute cette contrée  fut occupée par les celto-ligures. Sa position géographique sur le chemin qu’ils empruntaient pour aller à CARCICIS-PORTIS des Romains ( l’actuel Cassis ), puis à TAURENTUM, à Fréjus et en Ligurie, pourrait laisser croire à l’existence sur ce point d’un poste fortifié. L’architecte du monument, nous devons le reconnaître, n’a rien de militaire. Nous le considérons personnellement comme une borne curieuse, implantée sur un chemin conduisant à un grand centre culturel et initiatique. Ce que nous démontrerons plus loin.

Les historiens eux-mêmes sont divisés : pour les uns, cette pyramide est un tombeau, pour d’autres, un cénotaphe dressé par les Romains, à la mémoire d’un général, sur un point élevé où celui-ci aurait remporté une victoire et se serait distingué par sa bravoure, lors de combats soutenus dans cette région.

 

NOTA : On a découvert à l’intérieur de la Penelle une cuve de marbre de Paros qui contenait des cendres. Cette cuve fut déposée au prieuré de Saint Jean de Garguier. Elle pourrait receler les restes du général Mommol, un héros dont l’histoire est mal connue.

 

UN PEU D’HISTOIRE

 

On le sait la domination franque se maintint dans cette région de 536 à 879, date du couronnement de BOZON. C’est sous cette domination que la Provence subit trois invasion des Lombards. En 856, ils fondirent sur le midi et battirent le patrice Amat. Mommol le mit en déroute et les refoula au-delà des Alpes, par ce guerrier plein de fougue. Peu après, les Saxons revinrent de nouveau et demandèrent au chef provençal le droit de passage pour gagner l’Auvergne.

Une colonne resta au nord de la Durance, mais une autre s’infiltra par le littoral, causant ici et là d’énormes dommages. Mommol leur fit alors payer toutes les déprédations qu’ils avaient occasionnées. Il nous est donc permis de formuler une hypothèse sur la pyramide de la Penne sur Huveaune. Cette construction aurait été édifiée par les Celtes, comme la pyramide de Couhard près d’Autun, puis détruite plus ou moins par les Romain qui en remanièrent l’architecture  en vue d’en faire un cénotaphe.

La fameuse cuve en marbre déposée par les Celtes à la façon des Égyptiens pour des monuments identiques, aurait servi d’urne aux cendres du général Mommol.

 

UN HAUT LIEU SOLAIRE DÉDIÉ À SAINT-JEAN : JANUS

 

L’urne découverte sous la Penelle fut déposée à Saint Jean de Garguier. Plus personne ne semble connaître aujourd’hui ce prieuré discret, bâti sur le côté droit de la route qui conduit de Gémenos à Roquevaire.

Placé sous la protection de Saint Jean, ce lieu de culte avait des caractéristiques solaires très prononcées. En effet, Jean est l’apôtre de la Lumière. Ce site sacré est le pôle éclatant d’une géographie, dont la SAINTE BAUME voisine constituait le centre ésotérique. Des centaines de milliers de pélerins issus de toutes les villes de Provence, sont venus jadis s’agenouiller dans la chapelle du prieuré.Depuis la plus haute antiquité ce haut lieu magnétisé par les différents cultes s’y superposèrent.       

La topographie bien particulière de l’endroit avait quelque chose d’irréel. Elle baignait dans ce fluide impalpable qui sert de canevas aux légendes. Garguier ne doit-il pas son nom à Gargantua et à Gargaï, le gouffre ?

Tout laisse à supposer qu’il y a eu là , à l’origine, un temple dédié à Bacchus ou à Diane.De celle-ci, on retrouva jadis, à l’occasion de fouilles, une statuette en or qui fut donnée, en 1742, en même temps qu’un piédestal sur lequel étaient gravés ces mots : “ LIBERO PATRI “, à un seigneur étranger de passage à Aubagne: Dom Philippe, Duc de Parme. Ce qui semblerait confirmer que, en même temps qu’un marché important, Saint Jean fut, avant et pendant l’occupation romaine, un lieu de pèlerinage aussi fréquenté qu’il devait l’être plusieurs siècles après les chrétiens, auxquels l’emplacement fut concédé au IVe siècle par l’empereur Constantin. Toutefois on ne trouve plus aucune trace historique de Saint Jean jusqu’en 1030 ! À cette date, le catulaire de saint Victor y atteste la présence d’une église. Ce n’est pas forcément la première qui fut élevée en ce lieu.

Les deux Jean, le Baptiste et l’Évangéliste se sont sans doute partagés la foi du bon peuple en ces lieux où régna sans doute celui qui les concilie et qui fut vénéré par les Romains Janus !

Au XIe siècle, la chapelle et l’enclos étaient la propriété de l’évêque de Saint Pons.

 

SITES MAGIQUES ET MAGNÉTISÉS

 

Certains lieux de pèlerinage sont considérés  comme magiques depuis la nuit des temps; bien des églises se sont élevées sur l’emplacement de temples païens et de fontaines sacrées. Il existe des constellations topographiques qui induisent chez les êtres des états psychiques intérieurs. Certains conviennent à des actes particuliers. Plus la mentalité est pure, c’est à dire primitive, plus le phénomène est manifeste. Les lieux sacrés ont leurs racines profondément accrochées dans l’inconscient collectif des masses. Ils servent de catalyseur aux forces profondes qui dorment en nous. ceci démontre que l’environnement sacralisé d’une région peut modifier le comportement des individus et des collectivités  en stimulant tel ou tel archétype, si bien que cet archétype se décalque sur ces sites.

Le ternaire inconscient collectif--lieux inducteurs--rayonnement cosmo-tellurique, fait de certaines zones des lieux à miracles. Gaguier-Gargarie a vu vénérer Bacchus et Diane, comme l’ont  prouvé les découvertes archéologiques déjà citées. Grecs et Romains avaient reconnu et exploité ce sanctuaire. Il y a plus de  2 000 ans, un aqueduc apportait de l’eau à des bains implantés près de l’actuel prieuré. Des cures thermales miraculeuses s’y déroulaient.

On se régénérait et on mourait sur cette colline baignée de mystères. Plus de 500 tombeaux ont été mis à jour autour du sanctuaire. on en a découvert 18 dans l’enceinte du prieuré. Aucun texte écrit ne nous explique comment, aux premiers âges du christianisme, les disciples de Jésus adoptèrent ce site. Un fait est certain, c’est qu’il;acquit très vite une célébrité méritée, due  aux miracles qui s’y accomplirent. Le nom de Saint Benoît Labre, un ermite lépreux, est encore attaché à l’histoire glorieuse de ces temps.

En venant de Marseille, le visiteur ne manquera pas d’observer à quelque centaines de mètres du saint lieu, le corps d’un lion de pierre scellé dans un mur, au premier étage d’une maison. Dans la mythologie romane, cet animal pétrifié  annonçait toujours les choses sacrées et cachées.

 

LES DEUX SAINT JEAN ET JANUS

 

Tous les historiens en conviennent, c’est avec le dieu romain Janus que se termine la tradition celtique qui faisait commencer l’année au mois de mars, Janus est le dieu des “ Portes cycliques “, il est associé au mois de janvier. Par ailleurs, il est le principe des deux pouvoirs, temporel et spirituel, dieu à deux faces, il tient le spectre ( temporel ) d’une main, et, de l’autre, une clef ( spirituel ). Cette dualité se rapporte également à l’androgyne. C’est donc un double symbole solaire et lunaire, placé sous le signe du Capricorne. Avec raison, on a rapproché Janus des deux Jean du christianisme, le Baptiste et l’Évangéliste. Le premier purifie par le baptême, le second initie : Janus personnifie de la sorte l’exotérisme et l’ésotérisme.

Janus est également un protecteur. Lorsque Tapéia, un jeune Romain, livra le Capitole de Rome aux Sabins, Janus empêcha l’ennemi d’entrer en faisant jaillir devant les portes une source d’eau chaude et sulfureuse.

Dieu ambivalent à deux faces adossées, il est le dieu des traditions et des passages, marquant l’évolution du passé à l’avenir, d’un état d’un univers à un autre.Il ouvre et ferme les portes, il dirige toute naissance, celles des dieux du cosmos, des hommes et de leurs actions. Toutes les Loges maçonniques sont dites de “ Saint Jean “  et sous ce vocable transparaît Janus l’initiateur au regard vigilant. Tradition et passages marquent l’évolution du passé à l’avenir, de la progression spirituelle.

                                

LA SAINTE BAUME ET MARIE-MADELEINE

 

La montagne de la Sainte Baume, située non loin de Saint Jean de Garguier, est boisé et verdoyante. Sur elle plane l’ombre de Marie Madeleine, la pécheresse repentie.Elle possède une caractère magique que nul ne tente de lui nier.

                               Une bien merveilleuse légende affirme que pendant plus de trente années, Madeleine vécut dans une grotte isolée du sauvage massif, priant Dieu pour son rachat.
                                   Selon certains, la balme, au coeur de laquelle se retira la soeur  de Marthe, était déjà connue des Druides qui pratiquaient leur culte sous les profondes frondaisons.
                                   Le caractère hostile des lieux ( ce qui n’est plus le cas actuellement ) impressionna de nombreux auteurs anciens. La couverture végétale et les rochers
déchirés, percés de cavernes, hantaient leur esprit et leur imagination. Tout en haut de la montagne s’ouvre LA GROTTE. Orientée vers le nord-ouest, le soleil n’y pénètre jamais. Elle est fort humide toute l’année et l’eau y ruisselle en permanence. Les amateurs de symbolisme pourront méditer sur cette situation...C’est dans cet inconfortable abri que Marie Madeleine trouva refuge après y avoir été déposée par des anges. Si les fidèles de la foi du charbonnier s’émeuvent devant une telle description , les initiés, quant à eux, y découvrent un profond sujet de réflexion. La grotte humide est à l’image du ventre maternel. Une grotte est une matrice minérale : un cabinet de réflexion au sein duquel on médite et l’on revient sur soi-même--où l’on se réfléchit avant de renaître. Marie Madeleine c’est l’autre image de notre Mère Eve, celle qui pêcha pour savoir et donner ainsi la vie. Nous devons nous souvenir que son frère se nommait Lazare, le ressuscité, le miraculé sorti du tombeau de Béthanie  ! Ses épreuves terminées, la sainte mourut avant de renaître à la vie céleste.

 

LA GROTTE

 

Au IVe siècle de notre ère, Cassien et ses disciples creusèrent dans la roche dure un sentier et un escalier donnant accès à la grotte. Mais c’est Charles II, comte de Provence, que Marie Madeleine doit la gloire qui maintenant est la sienne, ce dernier donnant à son culte un relief tout particulier. une seconde légende vient se superposer à celle de Marie Madeleine, puisque le Compagnonnage a fait de cette grotte le refuge de Maître Jacques. C’est là qu’après leur Tour de France, les Compagnons reçoivent leurs rubans.

Les très anciennes chronique transmises d’âge en âge constituent un héritage culturel du plus haut intérêt du moment où elles circulent dans les milieux initiatiques.

Hiram et Maître Jacques ont un point commun, tous deux furent assassinés par leurs disciples. Même si un axiome assure que l’initié tuera l’initiateur, il faut faire plus que de méditer sur cette légende !

 



SAINT MAXIMIN ET LES RELIQUES DE MARIE MADELEINE

 

Le fidèle qui découvre la basilique de Saint Maximin est étonné et surpris de découvrir que le monument ne possède pas de façade ouvragée. Même si à la Révolution la petite cité fut rebaptisée MARATHON, ce ne sont pas les sans-culotte qui firent subir des outrages à la basilique. Son fronton ne fut jamais achevé ! Il n’empêche que c’est la plus importante églises gothiques de France.
                                   Lacordaire prétendait que le tombeau de la sainte était le troisième tombeau du monde ! Il vient immédiatement après le Sépulcre du Christ à Jérusalem et celui de Pierre à Rome qui n’a d’ailleurs jamais formellement identifié.

Sainte Madeleine, après sa mort à la Sainte baume voisine, aurait été enterrée auprès d’un oratoire élevé par saint Maximin.

Au VIIIe siècle, à l’époque des invasions sarrasines, les religieux qui en avaient la garde comblèrent la crypte et ce n’est qu’en 1279 que Charles d’Anjou la retrouva. devenu en 1295 comte de Provence et roi de Sicile, il confia la construction de l’édifice  à Jean Baudici et fit appel aux Dominicains pour la garde des reliques.

On assure aujourd’hui que le corps de Madeleine se trouvait à gauche, au fond de la crypte, dans le tombeau d’albâtre qui l’avait recueillie à sa mort. Celui de Maximin était en face, au fond à droite. Sidoine leur compagnon reposait immédiatement à droite en entrant. Un hypothétique tombeau, celui des Saints-Innocents reposait immédiatement  se dressait également en ce lieu. Il renfermait les malheureuses dépouilles ramenées de Palestine des enfants en bas âge, massacrés sous Hérode...

Tous les amateurs d’Alchimie pourront méditer sur le flacon d’albâtre découvert dans la grotte. En effet, ce dernier contenait une énigmatique  matière rouge, que les inventeurs désignèrent comme le sang du Christ.

De la bouche de Marie Madeleine sortait un rameau de fenouil... le feu nouveau brûlait dans ce haut lieu.

Actuellement, la crypte du IVe siècle peut être visitée. Ses murs étaient primitivement revêtus d’une décoration de marbre et de mosaïques. Elle a disparu, mais l’on voit encore le sarcophage de sainte Madeleine, très mutilé, celui de saint Maximin, celui de saint Sidoine et celui de sainte Marcelle et sainte Suzanne tous les quatre sont sculptés et portent des images emblème du plus haut intérêt. Quatre plaques de marbre, gravées au trait, également du IVe ou Ve siècle, représentent le sacrifice d’Abraham et Daniel dans la fosse aux lions.
                                   Le choeur et l’abside ont été richement décorés au XVIIIe siècle par des artistes provençaux et les chapelles renferment de nombreuses oeuvres d’art dont la plus remarquable est le grand retable du crucifix qui se trouve dans l’absidiole nord.

Le visiteur attentif remarquera sur de nombreux piliers et sur certains murs de la basilique des marques de compagnonnage. Véritables signatures de cette élite qui a laissé un peu partout dans notre pays le témoignage de son savoir.

Antoine Ronzen a signé un superbe retable daté de 1520. C’est sur ce dernier que l’on découvre la représentation de la place qui s'étire devant le palais des papes d’Avignon. Elle voisine avec  le Colisée, la Piazetta de Venise ces illustrations ont été réalisées avec un grand souci de fidélité.

 

Le couvent, restauré, est devenu un centre culturel. Son ancienne hôtellerie présente sur la place de l’église une belle façade du XVIIe siècle. C’est maintenant l’Hôtel de Ville.

Les grandes orgues de Saint Maximin retentissent parfois dans la nef à neuf travées de la basilique. Le Maître Pierre Bardon y officie et ses interprétations des oeuvres de Nicolas Grigny ( 1672-1703 ) transportent dans un autre monde ceux qui  ont le privilège de les entendre. Dans ces moments sublimes, les anges semblent redescendre des cieux. 

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