Kyria Laodikê chapitre 9
Chapitre 9
Je travaillais jour et nuit avec mes nouveaux éléments. L’ordinateur me permettait de revenir à des chapitres précédents pour les compléter.
J’étais fatigué, Kyria me guidait. Semaine après semaine, elle me réconfortait. A un moment, je butais sur le nom d’un personnage. Il me fallait son identité. Mon insolite associée ne voulait pas que j’écrive n’importe quoi. Elle me fit encore une surprise.
"- Tu demanderas à ta mère, je lui ai dit par la voie des rêves un de mes noms."
Je commençais à croire à l’existence de mon contact. J’étais sûr que ma mère pouvait me donner un nom de femme. Le pari était gros, mais j’allais la voir. Je lui demandais si elle n’avait pas fait un rêve bizarre, sans parler de femme ou sans lui donner un élément pour l’influencer.
- Oui, j’ai vu une jeune femme en songe au lendemain de la mort de ta sœur. Elle m’avait dit, je suis "Phédora" ou "Phédor". Je ne sais plus très bien comment elle était, sauf qu’elle avait le type méditerranéen et le nez aquilin. Elle avait l’air sévère, ses yeux me semblaient cruels, sans sourire, me dit-elle.
Je recevais encore un nom de l’entité d’une façon assez insolite, mais celui-là avait une importance extrême pour connaître la vraie personnalité de la créature.
Il n’était pas étonnant que ma mère ait été contactée. Elle avait fait des dizaines de songes étranges. Le jour de son mariage, elle imagina un homme élégamment habillé lui dire bonjour. Elle avait vu le père de mon père qui était mort depuis des années. Jamais, elle ne l’avait connu vu ni en vrai, ni en photo. Une nuit, elle pensa que ce même personnage prenait ma sœur bébé dans les bras pour l’emporter.
Ma mère se réveilla en sursaut, ma sœur était entre la vie et la mort, elle avait une broncho-pneumonie. Malgré tous les rêves curieux qu’elle avait faits, ce jour là, elle me parla de celui qu’elle fit dix ans plus tôt, sans savoir pourquoi elle avait sélectionné celui là.
Elle était une femme douée de faculté, elle vit mon grand-père emporter ma sœur qui, trente ans plus tard fut la première de la famille à mourir. De plus, elle avait la possibilité de momifier les roses en bouton, en les sentant ; certainement que de son être émanaient des ondes magnétiques assez puissantes.
Las, je décidais de regarder la télévision, chose qui n’avait jamais été dans mes habitudes. J’avais un téléviseur grand écran équipé du câble pour ne jamais l’allumer. Je laissais divaguer mon esprit en regardant les images défiler sur T.F.1. Brusquement, sans raison, le programme sautait, j’avais sous les yeux la chaîne planète, où passait un documentaire sur la mythologie égyptienne.
L’émission relatait la croyance de la déesse à tête de chat, divinité de la mort. Je griffonnais en vitesse son nom sur un papier et je ne perdais pas une miette de ce qui était dit. J’insérais le nom de cette divinité dans mon histoire. Curieusement, elle s’apparentait à mon guide. Cette déesse de la mythologie était "Bastet", femme à tête de chat quand elle était bonne ou Sekmeth, la cruelle lionne, quand elle était sanguinaire.
Le lendemain, je téléphonais à l’accueil du câble pour demander ce qui avait pu se passer. J’avais une explication rationnelle. Les hôtesses pouvaient changer de chaîne à distance pour voir s’il n’y avait pas de problème. Je fus certainement victime d’une mauvaise manipulation. Même si j’avais l’explication, le hasard faisait bien les choses pour qu’il m’ait fait connaître le nom de "Bastet".
Après cette opportunité, je repris mon récit, je l’améliorais. Alors que je pensais l’avoir fini, ma muse me dit :
"- Sois réaliste Patrick, tu as mis le mot "fin", en vérité, tu as achevé la maquette qui n’est que la première étape. Je vais te présenter quelqu’un pour t’aider à te corriger, comme je te l’avais promis. Demain, tu rencontreras Guy Tarade. Cet homme me connaît, il sait qui je suis, il t’aidera."
Je me présentais, la figure enfarinée chez ma mère, je lui annonçais que j’allais rencontrer Guy Tarade. J’étais sûr que l’entité ne m’avait pas trompé. Ma mère ne me croyait pas ; effectivement rencontrer inopinément un homme dans la cinquième ville de France tenait du miracle. Autant valait mieux ne pas y penser.
Elle me demanda de l’accompagner chez son radiologue : n’ayant rien à faire, je la suivais. Patientant dans la salle d’attente, je discutais avec un homme sympathique, quand mon contact me résonna fortement dans la tête.
"- Patrick, Parle avec ce monsieur de ton livre."
J’écoutais l’entité et j’avais une drôle de surprise, le monsieur entra en discussion avec moi.
- Il vous faut persévérer, vous arriverez à finir votre livre, me dit-il. Je sais ce que je dis, j’ai déjà écrit vingt ouvrages. Par la volonté, je me suis élevé et j’ai réussi.
- Comment vous appelez-vous monsieur ?
- Je suis Guy Tarade.
Le miracle avait eu lieu, je décidais de lui parler de mon contact, chose qui l’intéressa énormément. Notre discussion ne dura qu’un court moment, je présentais à ma mère cet écrivain. Dans le passé, elle avait déjà eu le loisir de le rencontrer avec mon père, elle resta étonnée en le reconnaissant.
Monsieur Tarade me donna un rendez-vous pour le mois suivant. Il n’était pas libre tout de suite, il aurait voulu en savoir plus sur mon affaire mais ses obligations l’en empêchaient. Il devait conduire un groupe de touristes aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour le 25 mai. Ce jour était très important pour les gitans. Ils sortaient la châsse de Sainte Sara et exécutaient des rites aquatiques.
Je réalisais de l’extraordinaire coïncidence de cette coutume avec l’histoire de mon roman et de mon guide. Une des héroïnes, une vierge noire "Darkxa" était originaire de la mer. L’entité, dans ma jeunesse, m’affirmait que le 25 mai était un jour très important pour elle.
Je réalisais que rien n’était erroné dans mon contact : tous les noms, toutes les circonstances avaient un sens, une raison d’être. Je décidais de sortir rapidement sur imprimante matricielle (à aiguille) le premier jet de mon manuscrit.
Un cousin fort serviable, un ingénieur en informatique qui, de plus, était très doué en électronique me proposa de faire les tirages sur son imprimante à jet d’encre.
Mes sauvegardes sur disquettes effectuées, je me déplaçais chez celui-ci. Une fois sur place, nous effectuâmes tout de suite des opérations classiques. Cet après midi, trois phénomènes qui auraient été d’une banalité sur un an se déclenchèrent en moins d’une heure.
Tout d’abord, une disquette neuve et, de surcroît, en bon état de marche, n’acceptait pas les données. Nous devions en prendre une autre.
Par la suite, nous constations une anomalie. A l’affichage, le texte indiquait une mise en page différente de l’écran par rapport à l’impression. Ceci ne devrait pas se passer, vu qu’un ordinateur met en mémoire ce qu’on lui insère.
Cinq impressions étaient programmées, la première sortit avec une mise en page impeccable. Alors que les suivantes devaient être identiques, la mise en forme avait changé. La zone d’extension était en place sur tout le texte sans aucune manipulation humaine. Mon cousin, dans un premier temps, craqua car il se trouvait devant un dilemme.
"- Je le vois, mais je ne peux pas le croire, il se passe quelque chose, je ne peux pas l'accepter. Je suis un mathématicien ; que diraient mes collègues si je parlais de phénomène paranormal dans un ordinateur ? Non, il y a pu avoir un problème que je ne connais pas, l’informatique est trop complexe. Je ne sais pas tout sur ce qui peut arriver."
La créature me fit une démonstration de ses connaissances en informatique. Elle intervint pour me donner son explication alors que je ne savais pas comment fonctionnait le système électronique de ces bijoux de technologie.
"- C’est moi qui trafique tout, dis à ton cousin qu’un esprit peut intervenir sur un ordinateur, je t’en donne l’explication. Tu verras, il approuvera. Les touches produisent de minuscules arcs électriques, quand une personne physique les enfonce. J’ai produit moi-même le minuscule arc sans aucune intervention mécanique. Personne ne trouvera aucune explication rationnelle à ce qui vient de se passer.
J’expliquais à mon cousin comment un esprit pouvait intervenir sur un ordinateur ; la solution était possible mais il ne croyait pas aux revenants malgré l’incroyable mésaventure que nous venions de vivre.
Chaque intervention de la créature avait une raison d’être. Je compris le lendemain ce qui s'était passé. J’avais omis son véritable nom, "Laodikê". J’avais encore vécu une coïncidence mais mêlée de faits paranormaux.
Je pensais avoir terminé mon manuscrit mais il n’était pas correct. J’avais commis trop d’erreurs de syntaxe et de conjugaison. Si cet esprit m’avait guidé sur Guy Tarade, ce n’était pas sans raison.
Cet écrivain spécialisé dans l’insolite me guida, m'aida bien pour la suite des travaux. Étrangement il avait une chatte du nom de "Bastet" la déesse de la vie et de la mort, la même que j’avais vue à la télévision. Encore une coïncidence : de plus, il avait connu mon père qui lui avait parlé de l’histoire de la statuette du Bouddha, toujours du hasard ?
Ce jour là, un autre homme, un ami de Guy Tarade était présent. Intéressé par la discussion, il me fit une remarque. Koupdia avait dia comme phonétique dans le nom, ce qui voulait dire lumière en latin.
En comparant les noms de "Ziad" et "Koupdia" ils étaient identiques pour le mot "dia" seulement mais ils étaient inversés. Était-ce encore une coïncidence ?
Était-ce un hasard si l’entité avait deux faces bonne et méchante. Tous ses noms étaient doubles, "Kéria = lumière" et "Dark = ténèbres", de plus "Bastet" était la bonne divinité de la mort mais elle pouvait devenir "Sekmeth la lionne". Dans ma jeunesse l’entité me disait être chatte, lionne ou panthère suivant les cas.
Guy Tarade avait beaucoup de travail, il préparait un livre sur les secrets de Nostradamus ; de plus, il était sollicité pour diverses conférences. Le mois suivant, étant dégagé de ses obligations, cet homme me téléphona pour me faire une révélation. J’avais omis de lui dire que les gens qui liraient le livre penseraient à l’entité. Ce jour là, j’avais encore une surprise.
- Mon jeune ami, je vais vous raconter quelque chose qui n’est vraiment pas piqué de vers. J’ai fait un rêve assez insolite. Je voyais une femme s’avancer vers moi, elle avait un certain âge, la quarantaine peut-être. Elle me dit "je ne suis pas violente, je suis pour la paix." Cette personne était soit Marocaine soit Indienne. Je pense avoir eu un message.
Effectivement, l’entité était apparue dans les songes de Tarade pour lui faire comprendre que je me moquais d’elle. Je la désignais comme une diablesse sanguinaire sous le nom de "Kyria de Kéria". Par plaisir de provocation, je lui donnais une très mauvaise moralité. Elle me disait être une divinité grecque et droite, je lui fis la mauvaise réputation de ce pays. Je la fis native de Lesbos. Elle était tolérante, je la fis jalouse sous le nom de "Darkxa". En bref, je tournais l’entité en dérision.
Je savais, d’instinct, que je faisais mal d’agir de la sorte mais, véritable tête de mule, je persistais. Au contraire, je peaufinais l’histoire tout en transformant le temps des verbes. J’écrivais le nom de "Laodikê", sans remanier le fond du roman.
Pensant avoir terminé, fier de moi, je lançais sur l’imprimante le premier chapitre. Seulement, après les trois premières pages, je devais tout arrêter, je constatais une anomalie sur le texte. Deux parties bien distinctes étaient soulignées.
J’étais sûr d’avoir effectué une fausse manœuvre mais après contrôle à l’écran, j’avais la surprise de ne pas trouver d’extension de zone. Je me trouvais dans le même cas que lors du premier tirage.
Le premier ensemble de mots indiquait la dame blanche, ce qui m’amusa. Je restais pensif en lisant le mot "pourquoi", lui aussi souligné deux pages plus loin. Ainsi, par le biais de l’ordinateur, je recevais encore un message.
Je jubilais mais j’avais une crainte aussi. Je me demandais si je n’avais pas encore fait une faute dans le nom de mon insolite associée. Je laissais tranquille mon ordinateur : étant las, je voulais faire le vide dans mon esprit.
Pour me décontracter, je nettoyais mon appartement que je négligeais depuis quelque temps. Dépoussiérant la bibliothèque, un livre me tomba sur la tête, restant ouvert bien à plat.
Quoi de plus naturel que je bouscule des livres ? Non seulement je n’y voyais pas bien mais de plus, mon plus gros défaut était le désordre. Je profitais de l’aubaine pour me reposer, m’asseoir et lire. Je considérais le ménage comme un supplice, une corvée.
Prenant l’ouvrage dans les mains, je réalisais que j’avais de la chance ; un peu plus, l’entité me faisait déguster l’encyclopédie astronomique de cinq kilos. Je lisais attentivement un passage relatant la vie des gitans dans livre intitulé Les grands secrets de l’histoire de Pierre Mariel.
J’avais sous les yeux le nom qui me manquait. Je confondais depuis toujours les noms de "Sara" et "Sarah". Même si ces noms se ressemblaient, ils n’avaient pas la même origine. Avec un h c’était de l’hébreu ; sans l’h, ce mot venait du sanskrit "Suryahs" était traduisible par soleil".
Je me trouvais devant une nouvelle énigme. L’entité prétendait être "Kyria de Kéria", "la dame de la lumière", puis " Koupdia " pour enfin être encore "lumière" aux Indes.
A l’aide de mes nouveaux éléments, je poursuivais ma rédaction, j’y passais plusieurs jours. Mais, toute cette énergie dépensée fut de la vaine perte.
Reprenant mon courage à deux mains je fonçais et dans la nuit ma muse m’aiguilla sur une autre voie. Poussé par mon vent de folie, je décidais de préparer un autre manuscrit. Je composais un synopsis en une semaine. Là encore, j’avais été guidé car j’insérais quelques messages ainsi que les dernières révélations que me fit l’entité. L’histoire était fantastique ; jamais je n’aurais pu imaginer un tel scénario avec mes maigres connaissances.
Année 1994.
J’avais terminé mon plan mais il me manquait beaucoup d’éléments. Comme Kyria me disait depuis toujours avoir des origines indiennes, fort logiquement, je me documentais sur l’Asie tant historique que géographique.
Il m’arriva encore une coïncidence (pour ceux qui veulent nommer ainsi ces hasards). Je me déplaçais dans un magasin bien achalandé mais je ne trouvais pas ce que je désirais. La semaine suivante, faisant mes courses je fouinais dans une boutique qui, pourtant, n’aurait pas dû me satisfaire mais là un phénomène insolite se produisit. Un livre un peu cher pour mon maigre budget attira mon attention. Je voulais le prendre, j’hésitais. Il faisait presque trois cents francs. Alors que j’allais partir, le volume bascula. Apparemment il avait été poussé par personne. Considérant ceci comme un signe, je l’achetais. Arrivé chez moi, l’atlas du monde antique que j’avais sous les yeux ressemblait plus à un beau livre de vitrine qu’à d’une œuvre d’étude : pourtant j’y trouvais mon bonheur.
J’apprenais qu’une mystérieuse civilisation harappéenne s’était installée sur les bords de l’Indus. Les vestiges qui y furent découverts avaient une certaine ressemblance avec ceux trouvés en Grèce. Le hasard faisait bien les choses, il me fallait le lien entre les Indes et la Grèce et je l’avais sous les yeux. Cette mystérieuse civilisation avait construit dans la vallée de l’Indus des fabuleuses cités.
Mohenjo-Daro, en raison de sa taille, était certainement la capitale, aucun sanctuaire ne fut découvert mais les archéologues pensèrent que les bains de Mohenjo-Daro servaient à purifier le corps, tout comme les bassins d’eau sacrée aux Indes actuellement.
A Delphes, les pèlerins devaient se purifier dans les eaux de la fontaine Castalia. Dès que je lisais ce passage, j’étais encore une fois étonné. J’avais le point commun entre cette mystérieuse région des Indes et la cité de Delphes ainsi que l’époque où sous "Laodikê la vierge morte", aucune religion n’existait.
Ayant tous les éléments en main, je demandais à l’entité de me prouver qu’elle était bien à l’origine de toutes ces nouvelles coïncidences.
"- Oui Patrick, c’est encore moi qui t’ai guidé, je suis une ancienne divinité indienne, je vécus longtemps à Harappas avant que les hommes ne se soient civilisés."
- Tu connais la procédure, prouve-moi que tu es Indienne. Fais moi rencontrer des gens d’origine indienne.
- Tu es trop méfiant mais j’accepte ton scepticisme : tu auras les preuves demandées physiquement et autrement.
Sur ces mots qui résonnèrent fort dans ma tête l’entité s’en alla, me laissant seul avec mes questions, "avais-je fabulé ou était-il un vrai contact ?". Le lendemain, j’avais, les premiers éléments de réponse.
Un vieil indien pénétra dans le parc automobile pour me demander un renseignement, il était suivi d’un groupe de jeunes enfants qu’il devait guider. Deux jours plus tard, un ami de mon filleul travaillait dans un restaurant indien « Il ne resta qu’un jour mais c’était un véritable exploit de le faire travailler ». Un jeune homme, certainement originaire de ce pays, venait chez moi pour me proposer un produit.
Ceci, pour moi, était du simple hasard. J’apprenais qu’une légende dit que les Harappéens seraient partis dans les étoiles. Plus tard, une autre personne me raconta la même histoire.
En sortant de chez un ami, j’étais inexorablement attiré dans une rue près de mon quartier, je n’y passais jamais. J’aboutissais devant une boutique de brocante où était exposée une statue de Kali.
Le soir, je contactais l’entité et je lui demandais d’autres preuves plus flagrantes.
"- Tu me fais venir des hommes, tu sais que je préfère les femmes. N’es-tu pas capable de m’en faire rencontrer ou alors, elles ne sont pas jolies ?"
-" Tu rencontreras des indiennes, mais attention, sois correct."
Deux jours plus tard, je rentrais de mon travail, j’étais étonné de voir une jeune femme avec la tache sur le front, drôle de coïncidence. Dans les escaliers, une autre fouinait, elle cherchait certainement quelque chose. En bon dragueur, je lui demandais si je pouvais lui être utile mais elle rit et me fit au revoir de la main. Elle était très grande, habillée d’une tunique bordeaux fendue avec un liseré or. Un pendentif assez insolite attira mon attention.
Il représentait un serpent ou dragon enroulé sur lui-même. Les deux extrémités se rejoignaient ne formant qu’une tête. Dans sa gueule grande ouverte il tenait un poignard ou plutôt un yatagan ou un Kukri,[1] sabres incurvés des orientaux.
Suite à cette rencontre, j’essayai de savoir ce que représentait cette fille mais je n’eus aucune réponse concrète.
Une semaine plus tard, j’avais la chance de rencontrer une anglaise pratiquant l’hindouisme, elle pensait que j’avais aperçu une prêtresse mais elle ne me prit pas au sérieux. Je ne savais pas pourquoi. Était-il impossible d’en voir une habillée de la sorte ? Quelque temps plus tard mon ex-femme retrouvait une copine indienne qu’elle avait perdue de vue depuis trois années.
Quelques jours après, je rencontrais une belle femme d’une trentaine d’années. Je l’invitais chez moi. Comme toutes les femmes elle avait la fâcheuse manie de fouiller là où il ne fallait pas. Elle sortit le premier manuscrit et en lut quelques pages au hasard. Elle n’était pas à son aise, elle avait peur aussi. J’allais avoir une curieuse explication.
"- Tu t’intéresses aux religions indiennes ? Si j’avais su, je ne serais pas venue"
"- Pourquoi cette question il y a un problème ? Lui demandais-je."
Je réalisais que cette fille n’avait pas tous ses esprits, elle devait se droguer, elle était anxieuse. Elle continua à lire et me montra un passage qui l’intriguait.
Dans mon manuscrit, je situais l’entité dans une poche d’univers que j’avais nommé à sa demande "Anavrin" J’expliquais à Véronique que ce mot était l’inverse de "Nirvana." Horrifiée, elle me fixa, elle était persuadée que j’avais à faire à un démon pour inverser le sens des mots bénéfiques. Au bout d’un moment, elle s’effraya et se préparait à partir.
"- Mais tu es fou, tu parles de Kali, elle est la déesse de la féminité mais aussi dans certaines croyances, la divinité de la mort. Elle était l’amie de Shiva, dieu de la fécondité et de la destruction. J’ai vécu quelques mois au Népal : dans ce pays comme aux Indes les femmes ne sont pas considérées, certaines sont encore sacrifiées pour la déesse Kali, et le dieu Civa."
Sur ces mots ma belle s’en alla, terrorisée. Finalement, le soir, même l’entité revenait au galop.
"- C’est vrai ce que dit cette pauvre femme ; toutes les années beaucoup de jeunes filles sont sacrifiées pour des croyances stupides. Crois-tu que si j’étais Kali, j’accepterai cette honte ?
- Qui es-tu, Kali ou une autre déesse monstrueuse ou une brave divinité ?
- Je t’ai toujours dit, je peux être soit Kali, Suryahs, soi Bastet ou Sekhmet comme aucune d’elles. Tu devras trouver de toi-même.
- Tu es gentille en Kyria de Kéria, en Koupdia. Qui es-tu comme méchante divinité encore ?
- Si j’étais méchante en Koupdia, je serais Proserpine, tu te brûlerais à parler avec moi, je serais reine cruelle. Je peux être aussi Athéna bonne et méchante à la fois."
Ne connaissant pas la mythologie je prenais le dictionnaire et je trouvais Proserpine, reine des enfers : encore une coïncidence.
"- Comment vais-je faire pour savoir si tu es bonne ou mauvaise puisque tu me parles par rébus ? De plus, ne peux-tu pas me parler en langage clair ?
- Pour commencer si je te parle par devinettes, jeux de mots, c’est ma façon de signer mes messages. Je ne veux pas que tu confondes tes espérances avec mon enseignement. Ensuite, tu sauras, le moment venu qui je suis. Dans la phrase que je te disais dans ta jeunesse, il y a la clé. Le jour où je te la donnerai intégralement, je me dévoilerai."
Je n’en savais toujours pas plus. J’avais en tête les deux derniers mots mais faussement prononcés par l’entité. Depuis quelque temps, je privilégiais la piste des Indes. Mais comme m’avaient dit des personnes, je devais faire attention. Si mon contact était une entité, rien ne me prouvait qu’elle fût bonne et qu’elle ne me mente pas.
Je considérais que tous ces faits étaient d’une banalité ne pouvant pas me servir de preuve que Kyria était derrière moi. A peine avais-je coupé la lumière que mon contact venait au galop me tenir un brin de causette.
"- Je comprends que tu ne me croies pas, je vais te donner des preuves physiques indéniables. Avant que tu naisses, je côtoyais ta famille et cela, depuis des années. Tu auras les preuves de mon existence par ta jeune cousine. Elle est la première fille née après toi, elle porte un signe"
Je réalisais que ma cousine, plus jeune que moi de sept années, avait été marquée par le destin. Elle avait une tache sur le front. Les enfants de sa classe se moquaient d’elle parce qu’elle ressemblait à une indienne. Elle la fit enlever à l’âge de quatorze ans mais d’après les photographies de l’époque, on pouvait voir qu’elle avait vraiment le type de cette région.
Le plus incroyable me fut raconté plus tard. Sa mère tombait gravement malade, elle était atteinte d’une sorte d’anémie. Son médecin traitant lui demanda si elle n'avait pas des ancêtres indiens dans la famille, sa maladie ne touchait que ces gens là.
J’avais la preuve concrète de l’action de cette entité sur ma famille. De plus était-ce une coïncidence, si mon père fut sauvé par une statuette d’un vénérable indien, Bouddha ? Je n’osais même plus nommer ceci du simple hasard.
Après cet épisode assez extraordinaire, la vie reprit son cours normal. J’apprenais par la radio une étrange coïncidence qui venait d’arriver à une personne que j’avais aidée.
En Décembre 1993, une femme seule avec une fille de dix ans venait chez moi pour que je lui fasse les cartes. Elle était très déprimée, son ami lui avait trafiqué son outil de travail, un ordinateur. En colère, elle faisait le vœu que l’ignoble individu aille en prison pour payer le mal qu’il lui avait fait. L’entité me confirma que cet homme serait puni. J’avisais la consultante.
Quelque temps plus tard, l’ami de cette personne était inquiété par la police pour cause de trafic de logiciel informatique.


